Salvatore MINNI, romancier belge d’origine italienne:

A l’occasion de la dédicace de son deuxième roman « Anamnèse », une quête dans le passé d’une psychanalyste, l’auteur s’est confié à MigranStory

Salvatore Minni, est né en 1979 à Bruxelles. Ses grands-parents font partie de la vague d’immigrés italiens arrivés en Belgique dans les années 1960. « Mon grand-père a travaillé dans les chemins de fers et ma grand-mère dans une usine de biscuits ; l’autre grand-mère comme femme d’ouvrage ».

« Je n’ai jamais vécu le racisme encore moins le rejet. Je me sens belge. Même si le fait d’avoir des origines italiennes n’est pas pour déplaire, dit-il en riant, l’Italie est un pays qui plaît aux gens ».

Entre des études de psychologie ou de linguistique, il hésite. Finalement, la fascination du jeune Salvatore pour les langues l’amène à faire des études de traducteur. Il va, plus tard, exercer le métier de professeur. Son intérêt pour la psychologie humaine le pousse vers l’écriture. Il s’y intéresse déjà à l’adolescence. Ses premiers écrits datent de cette époque (des textes lyriques, des nouvelles…).

« Je déteste les mensonges. La vérité fini toujours par éclater, alors, pourquoi mentir ? ».

Son premier roman « Claustrations » édité par « Nouvelles Plumes » a pour but, nous dit Salvatore Minni « de prendre le lecteur par la main et de l`entraîner dans un univers qui va le bousculer, l`intriguer, le déstabiliser. Que le lecteur se mette à la place du personnage. Qu`il halète, qu`il angoisse, qu`il se sente enfermé dans le monde que j`ai créé. J`ai toujours le sentiment que se sont mes personnages qui écrivent l`histoire. Je ne suis pas tout seul dans ma tête ! ». Dans ce roman, il y une recherche de la vérité, un sujet qui parle à l’auteur dans le sens où « Il déteste les mensonges. La vérité fini toujours par éclater, alors, pourquoi mentir ? ». Dans ce thriller, qu’on a du mal à lâcher une fois la lecture commencée, l’auteur raconte que « ses personnages sont dans la confusion totale, ils ne savent pas où ils sont ni pourquoi ils s’y trouvent et ils tentent de découvrir pourquoi. Tout comme l’auteur le précise, lui aussi, a besoin de comprendre les choses.

Bien qu’il s’agisse d’un thriller, ces mots ne sont pas sans rappeler à MigranStory un certain rapprochement avec les situations dans lesquelles peuvent se retrouver certains migrants :

Claustrations raconte l’histoire de Clara, disparue depuis plusieurs semaines, qui se réveille un matin étendue sur le sol d’une cellule obscure et infestée d’insectes. Elle n’est pas la seule à se poser des questions, en effet, Monsieur Concerto tente de découvrir les raisons qui l’ont conduit dans une chambre d’isolement, tandis que Charles se cloître de son plein gré. Une quête de la vérité pour ces personnages, qui se rendront très vite compte que les apparences ne sont pas celles qu’ils croyaient…

« N’oubliez jamais qui vous êtes »

Le deuxième roman de Salvatore Minni « Anamnèse », raconte l’histoire de Marie, en proie à de terribles cauchemars, aussi sinistres que sanglants : une femme poignardée à mort l’implore. Qui est-elle, pourquoi lui demande-t-elle pardon ? Marie va alors tenter de découvrir ce qui se cache derrière ces images atroces qui l’assaillent chaque nuit… Une descente en enfer, des secrets dévoilés, des masques qui tombent. La vérité va-t-elle éclater ? Qui en subira les conséquences ? Marie ? Sophie ? Luc ? Ou encore Jack Lee dont Marie est devenue l’obsession…? Un monde ésotérique et psychologique dans lequel va plonger le lecteur au fil des pages.

Ne pas oublier qui nous sommes, ou plonger dans les méandres des cauchemars, rappellent à MigranStory que le chemin des migrants passe aussi par de telles phases. Heureusement, il y a toujours un début et une fin aux tourments. Le côté positif de toute histoire mérite aussi d’être contée.

Julia Garlito Y Romo – MigranStory : Aujourd’hui, avec le recul, quel regard portez-vous sur les phénomènes migratoires ?

Salvatore Minni : C’est très difficile pour moi de répondre à cette question, dans le sens où, je ne regarde pas la télévision. Les infos m’angoissent. Je ne regarde plus les médias depuis quatre ou cinq ans. Une façon pour moi de me préserver. Ce qui se passe dans le monde, je le sais grâce aux gens qui sont autour de moi et qui m’en parlent. Je sais que le migrant est mal vu, et je le déplore sincèrement.

JG – MigranStory : Qu’est-ce qui vous donnerait envie de regarder la télévision, de réécouter les médias ?

SM : Moins de téléréalité et plus d’émissions intéressantes, stimulantes. Le niveau a baissé de manière incroyable, d’où ma décision de ne plus m’y attarder. Je préfère lire des bouquins.

JG – MigranStory : S’il fallait construire un monde aujourd’hui, comment serait-il pour vous ?

SM : Un monde où les gens s’accepteraient et s’aimeraient les uns les autres indépendamment de culture, de couleur, d’orientation sexuelle, de handicap, ou encore physique. Des gens qui se regarderaient juste comme des êtres humains, peu importe qu’on soit noir, jaune, blanc, bleu… Lorsque je suis à l’étranger, on me regarde bizarrement quand je dis que je suis Belge parce que j’ai un physique typé. Or, je n’ai pas grandi avec des problèmes, dans le sens où mes origines sont italiennes. En fait, c’est même le contraire, lorsqu’on dit qu’on est Italien, c’est plutôt un côté admiratif qui en ressort, un côté positif, avec tous les clichés qui vont avec : l’Italie c’est beau, les pâtes, les pizzas… (Rire). Du reste, mes grands-parents m’ont toujours dit qu’ils avaient été super bien reçus, déjà dans les années soixante. Je n’ai pas grandi avec ce côté « on est des étrangers ».

« Si seulement tout le monde pouvait s’accepter tels qu’il/elle est, sans jugement, ni préjugés »

JG – MigranStory : Le mot de la fin ?

SM : Si seulement tout le monde pouvait s’accepter tels qu’il/elle est, sans jugement, en mettant de côté tous les préjugés, ce serait ça la différence avec le monde d’aujourd’hui, que l’on soit femme, homme, homosexuel, asexué, petit, grand, gros, mince, d’une autre culture, d’une autre langue ou religion, peu importe. Ça peut paraître cliché, mais c’est tellement ce que je ressens.

 

Interview realisée par Julia Garlito Y Romo