Ses grandes qualités humaines se dessinent dès le premier abord : humble, modeste, altruiste, Mehdi M’Rabet, déménageur au service des Institutions européennes. Une enfance sur les rives de Tanger, jusqu’à Bruxelles, Mehdi forge son destin.

C’est à Tanger, au Maroc, que Mehdi M’Rabet voit le jour en 1989. Son père est alors directeur d’un centre de vacances appartenant à l’État. La famille dispose d’une maison de fonction. L’enfant grandit dans un milieu paradisiaque, avec piscine et tout le personnel aux petits soins.

En 1995, c’est le drame. Alors qu’il est âgé de 6 ans, le petit monde de Mehdi est complètement chamboulé : le père quitte la mère et se fait muter dans une autre ville.

Des années difficiles attendent la maman, avec à sa charge, un adolescent (l’aîné) et deux autres enfants en bas âge. Et, s’ils ont le droit de continuer à vivre dans la maison de fonction, la mère n’en reste pas moins une femme au foyer avec de maigres revenus malgré la pension alimentaire versée par le père. De plus, l’éducation des enfants est compliquée à gérer.

C’est alors qu’en 2001, le père de Mehdi crée la surprise : il revient au bercail, en faisant quelques apparitions et cherche à recoller les morceaux avec la mère de Mehdi. Contre toute attente, elle choisit de lui laisser une deuxième chance. L’aîné, devenu majeur, est maintenant marié et s’est installé à Bruxelles depuis quelques temps. C’est là-bas que les parents de Mehdi souhaitent repartir à zéro. Leur fils déjà nationalisé belge, les aide du côté administratif et réussit à les faire admettre en tant que résidents, dans le cadre du « regroupement familial ».

Avant de partir, le père s’assure un congé sans solde au Maroc pour une durée d’un an, le temps pour lui de tester la viabilité d’une vie sans problèmes en Belgique.

« Le mal du pays »

Au départ, la petite famille s’installe chez un oncle jusqu’à leur indépendance financière. Le père de Mehdi tente plusieurs petits boulots mais rien ne lui convient vraiment. C’est compliqué pour cet homme qui a été directeur d’un centre de tourisme important dans son pays, avec plusieurs employés sous ses ordres. Il faut dire qu’au Maroc, il a accédé à son statut de directeur à force de labeur, en commençant au bas de l’échelle, et non grâce à un diplôme. Sans celui-ci, en Belgique, difficile de trouver un travail dans les mêmes conditions. Il désespère. S’essaie à la vente de chaussures, ce n’est pas sa tasse de thé, et d’ailleurs, cela ne fonctionne pas. Mal à l’aise, n’y tenant plus, il décide de retourner au Maroc.

Son épouse ne souhaite pas le suivre. En effet, les enfants sont scolarisés, la vie à Bruxelles lui plaît, elle s’y est habituée et les petits aussi. La décision est donc prise, ils restent sans le père.

« Au contact des autres, l’intégration est plus facile »

Au début, pour Mehdi âgé de 14 ans, ce n’est pas si simple à Bruxelles car il ne parle pas le français. Prenant son courage à deux mains, il décide d’étudier la langue de manière intensive et durant 6 mois travaille dans une boulangerie familiale. L’apprentissage du français est facilité à travers les contacts de la famille, mais également la clientèle ; l’intégration est immédiate, l’adolescent s’ouvre et l’entrée en scolarité est dès lors plus aisée.

D’ailleurs, sa vie au Maroc ne lui manque pas, il se sent Belge. Il est heureux que le choix de ses parents se soit porté sur Bruxelles. De plus, c’est une chance que le frère aîné soit Belge, car grâce à lui, la famille, elle aussi, pourra obtenir rapidement la nationalité.

« La volonté crée l’opportunité »

Mehdi entame des études de comptabilité et, une fois terminées, commence à chercher un emploi. Malheureusement, ce n’est pas simple. Il ne trouve rien dans le domaine qui l’intéresse, alors il élargit ses recherches et fini par être engagé dans les Institutions européennes en tant que déménageur à travers une société externe.

A la base, raconte Mehdi, cet emploi était destiné à le « dépanner » histoire de ne pas rester sans rien faire, mais, ce boulot lui plaît de plus en plus. Le travail manuel, ça lui va bien et il décide de rester. Il réalise que c’est aussi une bonne opportunité pour passer des concours et pouvoir postuler plus tard -lorsqu’il sera Belge- dans une activité qui lui correspond mieux. Du reste, aujourd’hui, il s’y prépare.

JG – MigranStory : Penses-tu, aujourd’hui, avoir réussi ?

MM : Non, on ne peut pas dire ça. Professionnellement, je pense que je pourrais faire mieux. Mais, mon caractère est propice à rester sur une zone de confort, et mon travail m’incite à garder ce poste dans les Institutions européennes. Je souhaite faire carrière, ici même. La première phase est d’obtenir la nationalité et la deuxième, passer le concours.

 

 

« Les frontières créent des différences »

JG – MigranStory : S’il te fallait construire un monde aujourd’hui, comment serait-il pour toi ?

MM : Un Monde sans frontières, car les frontières créent les différences. Ce que je veux dire par là, c’est que, si j’étais resté au Maroc, je me serais senti Marocain tout comme ici, aujourd’hui, je me sens Belge. Au fond, nous sommes tous pareil, il suffit juste d’un peu de volonté vers l’ouverture aux autres.

« La chance comme complice »

JG – MigranStory : Le mot de la fin ?

MM : J’estime avoir eu une chance. Certains ne l’ont pas eue alors qu’ils ne déméritent pas.

MigranStory, interview de Julia Garlito Y Romo