« La migration est une chance, une richesse. Il y a beaucoup de choses positives à en à tirer ».

Dominique Bela-Julia Garlito Y Romo- MigranStory : Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur vous, notamment sur votre parcours professionnel ? Quelle est votre « route »?

Manuel Hiol: Je suis Camerounais, mais également Suisse et Américain de cœur. J’ai exercé le métier de journaliste à plein temps pendant une dizaine d’années au Cameroun et en Suisse respectivement au sein de l’hebdomadaire bilingue d’information l’Effort Camerounais et le quotidien Suisse 24heures (https://www.24heures.ch/) avant de devenir rédacteur en chef du Magazine Voix d’Exils (https://voixdexils.ch/) en Suisse.
À l’issue de ce riche parcours, j’ai eu très envie de donner un nouveau sens à ma vie professionnelle, en passant du statut d’observateur averti de la société à celui d’acteur de la même société avec comme motivation la condition humaine, en particulier la condition des Migrants. Je me suis formé successivement dans le Management et le Leadership, puis dans les Assurances sociales.

Depuis lors, je suis président de l’association « A La Vista Communication sociale » : (https://www.associationalavista.ch/) qui réalise des reportages, ainsi que des films documentaires institutionnels et pédagogiques en rapport avec l’immigration. L’initiative rencontre un certain succès auprès du public et des partenaires. Par ailleurs, je suis engagé comme travailleur social, collaborateur de l’Établissement vaudois d’accueil des Migrants (https://www.evam.ch/). Mon activité consiste à accueillir, soutenir, accompagner et garantir aux migrants un minimum vital pendant leur séjour en Suisse, dans le canton de Vaud. Il s’agit d’offrir une écoute active, un toit, de la nourriture, une assurance maladie, voire un accompagnement personnalisé.

Je suis totalement en phase avec l’objectif visé par MigranStory. Un beau projet humaniste que je soutiens. Amitiés aux fondateurs : Dominique, Julia et les autres.

MigranStory: Avez-vous rencontré des difficultés particulières à votre arrivée en Suisse?

MH:Quand je suis arrivé en Suisse, mon intégration a été trop facile, la complication est arrivée lorsque je voulais exercer mon métier de journaliste. En Suisse, le métier de journaliste est constitué en corporation, il faut remplir des critères. Je suis parti du Cameroun, évidemment déjà formé en journalisme, j’avais mon diplôme, j’y avais déjà exercé. En Suisse, cela ne valait pas grand-chose, il fallait que je passe par tout un processus pour être inscrit au registre professionnel des médias en Suisse, obtenir la carte de presse et après cela obtenir l’autorisation d’exercer … Je me suis soumis à l’exercice, ça s’est très bien passé. J’ai obtenu ma carte et puis j’ai enfin pu travailler comme journaliste.

MigranStory: On dit que l’immigration est une source d’enrichissement, êtes-vous de cet avis?

MH: Ceux qui pensent le contraire, avec tout le respect que j’ai pour les opinions d’autrui, il me semble qu’ils le font soit par ignorance, soit par mauvaise foi. La Suisse compte environ 8 millions d’habitants, la moitié de la population est constituée de personnes migrantes. Plus de la moitié de cette moitié n’a pas de passeport suisse. C’est un petit pays par sa taille, mais il fait partie des plus riches en plus d’être l’un des plus développés au monde. Cette analyse me permet donc de dire que la migration est une chance, une richesse. Il y a beaucoup de choses positives à en à tirer.

La difficulté pour les migrants d’accéder au marché de l’emploi est énorme, ce n’est pas simple. Il y a des conditions. On vient d’un pays, avec une formation sous le bras, un diplôme et à notre arrivée dans un autre pays on vous dit: « votre diplôme ne sert presque à rien ».

MH:Il faut avoir le courage de tout laisser derrière soi, de poser son sac de commissions de côté pour en remplir un autre de nouvelles commissions. L’intégration ne se fait pas comme ça. Il y a une pause qu’il faut marquer, il faut du cran pour cela. La première richesse qu’on a, c’est la culture. Si on reconnait la culture de chaque peuple, on arrive à faire des choses extraordinaires. Le multiculturalisme est une richesse. Ce sont des choses à repenser après le coronavirus.

MigranStory: Le mot de la fin?

MH: Mettre l’être humain au centre. Les hommes sont au service de la richesse alors que ça devrait être le contraire. Si je prends le cas de la Suisse, je vois un nombre important de personnes qui travaillent dans l’économie grise, elles n’ont pas de statut légal, mais elles ont un emploi et ces personnes peuvent être expulsées à tout moment faute de statut. Des personnes qui ont payé des cotisations sociales et ne pourront jamais en profiter alors qu’elles ont contribué à l’enrichissement du pays. C’est profondément injuste.

 

Interview réalisée par Dominique Bela & Julia Garlito Y Romo