Son histoire ressemble à celle du migrant Lamda à la recherche d’une vie meilleure à Paris ou à Bruxelles. Habib Benglia passe son enfance à Tomboctou, l’ancien Soudan Français (actuel Mali). Un jour, ses parents débarquent en France pour livrer des dromadaires au Jardin d’acclimatation. Habib les accompagne, il a 17 ans.

 

Fasciné par les lumières,  la vie parisienne, Habib décide de ne plus rentrer au Soudan. Il traîne dans les cafés du Conservatoire. Un soir de 1913, alors qu’il s’amuse à déclamer des vers au Café Riche, il est remarqué par Régine Flory, célébre comédienne franco-anglaise 

 

Elle le présente à Cora Lapercerie, comédienne, poétesse et directrice du Théâtre de la Renaissance qui l’engage. Il commence par des figurations, puis on lui confie des rôles. La Première Guerre mondiale éclate, Habib Benglia est mobilisé avec les troupes françaises comme tant d’autres tirailleurs.

 

Démobilisé avant la fin de la guerre, il reprend le théâtre avec Firmin Gémier alias Firmin Tonnerre et devient dans les années 1920, l’étoile montante du théâtre français. 

 

Il joue dans la troupe de Fernand Bastide puis travaille avec Gaston Baty et les Compagnons de la Chimère. En 1923, il défraye la critique en incarnant l’Empereur Jones d’Eugène O’Neill sur le plateau du Théâtre national de l’Odéon dont Firmin Gémier vient de prendre la direction. 

 

Dès lors, il apparaît comme le seul grand acteur noir d’Europe. On le compare alors à Ira Aldrige. Il enchaîne les rôles dans les mises en scène de Gaston Baty : maître-coq dans « Cyclone de Gantillon« , féticheur dans « À l’ombre du mal«  de Lenormand, vendeur ambulant dans « Le Simoun«  de Lenormand. Il entre dans la troupe de l’Odéon et joue le prince du Maroc dans « Le Marchand de Venise« , Philostrate dans « Le Songe d’une nuit d’été« , le Muphti dans « Le Bourgeois gentilhomme« .

 

Parallèlement au théâtre, Habib Benglia donne des récitals de danse au Théâtre des Champs-Elysées, et mène des revues d’abord à l’Apollo (1921), puis aux Folies-Bergère (1925). Dans les années 1930, Habib Benglia fait du cinéma. Il tournera une cinquantaine de films. Il est notamment le mystérieux soldat sénégalais de « La Grande Illusion«  de Jean Renoir. Il ouvre aussi un cabaret à Montparnasse, « Le Train bleu« . Après guerre, comme les engagements ne se bousculent guère, Jean Paul Sartre, lui écrit un rôle, celui du « Nègre »  créé au Théâtre Antoine. Puis, il travaille pour la radio et le doublage. Il meurt en 1960 après avoir joué dans une centaine de pièces et avoir contribué au développement théâtral aussi bien en France qu’en Afrique.