Georges FAYAD est né au Liban, a grandi au Cameroun et vit en France. Ses romans racontent l’exil; des personnages fuyant les guerres, à la recherche de leur identité, en proie au déracinement.

Georges Fayad quitte le Liban pour le Cameroun avec ses parents en 1956. Il a à peine 8 ans. Il y reste jusqu’à son départ pour la France en 1967 pour des études de chirurgie dentaire à la faculté de médecine de l’Université de Bordeaux. L’Afrique lui manque. « Le Cameroun (il) l’a dans la peau ». Il décide cependant de ne pas y retourner -après ses études-, il vient de se marier avec une française.

Durant sa vie d’étudiant, Georges se sent accepté, mais vit cependant parmi les « étrangers »: Syriens, Libanais, « Français d’Afrique » … « Ils sont bien reçus, mais c’est un cercle clos. Ils vivent en autarcie entre groupe fermés ». C’est en s’installant comme praticien dans un village qu’il réussit une parfaite intégration dans le milieu ambiant. Après plusieurs années à exercer son métier, Georges Fayad se lance dans l’écriture romanesque. Il raconte des parcours de vie, d’exil, de personnages fuyant les guerres, pris entre deux feux, à la recherche de leur identité, pénétrant dans le tourbillon du déracinement et de ces conséquences, à la recherche de soi, de l’acceptation, de l’amour.

En dix ans d’écriture, ses romans sont publiés par les éditions du « Masque d’Or » en l’occurrence : « Sans que sang ne coulât », « De l’encre sur le glaive », « Dieu ou la rose », « Quand tournent les rotors » etc.

MigranStory a choisi de vous résumer deux ouvrages de l’auteur particulièrement prenants.

Dans le roman « Jacqueline ou les gênes assassins », Georges Fayad met l’accent sur : « Des interférences non connues dans le monde politique ; l’intervention de la CIA dans les affaires du Congo : Comment on peut en souffrir ou arriver à en mourir sans le vouloir. Les malheurs arrivent par le conflit des Nations » :

« Jacqueline ou les gênes assassins » : Jacqueline est une jeune métisse qui n’a certainement pas choisi de naître au Congo-Belge. De plus, elle fait partie d’une « catégorie raciale supplémentaire » jugée embarrassante. Discriminée, désignée du doigt et tourmentée, la voilà de surcroît déstabilisée par les affres de la guerre qui suit l’indépendance du pays en 1960. Et comme si cela n’est pas suffisant, elle tombe amoureuse d’un mercenaire belge : Alexandre Janssens. Va-t-elle être délivrée de son combat intérieur dû à sa dualité ? Jusqu’où la mèneront « sa dérive psychologique » et ses initiatives pour le moins inattendues ?

« Tout comme deux bouteilles à la mer, leur destin sera soumis au gré des vents et aux humeurs d’autres rivages »

COMME DEUX BOUTEILLES A LA MER

« Ce livre-ci, poursuit Georges Fayad, raconte l’histoire de deux enfants. L’une est Chrétienne, l’autre Musulmane. On les fait partir en Europe pour leur éviter les affres de la guerre. Le livre pose la question : « Est-ce la meilleure solution ou pas, plutôt que la recherche de la paix dans leur pays ? »

« Comme deux bouteilles à la mer » : Beyrouth est à feu et à sang. Pour Myriam et Basbous, il n’y a d’autre issue que le chemin de l’exil, apparemment salvateur, que l’on leur impose. Amputés, tous deux, du milieu naturel de leur douce enfance, leur vie sera ébranlée. Ils vont, en effet, vivre une confrontation brutale en passant par les frustrations du déracinement aux morsures de la nostalgie. Tout comme deux bouteilles à la mer, leur destin sera soumis au gré des vents et aux humeurs d’autres rivages. Deux bouteilles à la mer, singulières, n’emportant aucun message, mais de leurs nouveaux univers, nous renvoyant les leurs. Qu’adviendra-t-il d’eux? Sauront-ils nous le raconter ?

« J’ai l’impression d’être à la fois de partout et de nulle part »

Julia Garlito Y Romo / MigranStory : Georges Fayad, estimez-vous avoir réussi ?

GF : Avec l’aboutissement par l’écriture, la profession que j’ai beaucoup aimée et ma petite famille, je pense que oui. Si l’écriture n’existait pas dans ma vie, j’aurais l’impression de ne pas avoir abouti. Entre le Liban, le Cameroun et la France, j’ai l’impression d’être à la fois de partout et de nulle part. Mon aboutissement est donc l’écriture, qui me permet de vivre toute cette complexité par les mots et l’expression.

« Ce qui fait fuir, ce sont les guerres et la misère »

JG / MigranStory : S’il fallait reconstruire un monde aujourd’hui, comment serait-il ?

GF : Un monde beaucoup plus solidaire. Je crois en l’importance des racines mais aussi aux mélanges, aux migrations et aux cultures. Le monde devrait s’organiser de manière à ce que chacun puisse vivre dans ses racines. Rien ne devrait priver quelqu’un de vivre sur sa terre natale, et les migrations devraient être désirées, acceptées, fraternelles et enrichissantes. Quand les nations seront soucieuses du sort des autres nations, nous aboutirons enfin à “la nation du monde”, celle qui ne génèrera plus guerres et misères, moteurs de toutes les fuites.

JG / MigranStory : Le mot de la fin ?

GF : CORONA VIRUS : Le monde entier s’émeut, les hommes veulent s’entraider ou par peur se refermer. Le monde comprend aujourd’hui la valeur de vie. Que l’homme revienne pour toujours à la valeur de la vie partout dans le monde. L’homme doit être au centre de tout.

« MigranStory engendre immédiatement dans l’esprit le mot « ESPOIR ». ‘est la lumière au bout du tunnel… ». Georges Fayad.

Interview réalisé par Julia Garlito Y Romo