« Le Portugal est le seul pays d’Europe qui a régularisé les sans-papiers, chapeau! »

« …J’héberge depuis deux ans. J’ai la chance d’habiter à 500 mètres du parc Maximilien. Généralement, on m’appelle quand les migrants n’ont pas trouvé d’hébergeurs. Ils ont mon numéro, m’appellent, je les accueille dans une situation d’urgence ».

« Je ne suis pas née avec ça, disons que ça fait partie de ma vie. Dès mes treize/quatorze ans -alors que je vivais avec mes parents en Allemagne- j’aidais déjà des sans-abris, des personnes d’origine étrangères, j’étais souvent mal vue ».

« Mes valeurs sont celles de la solidarité ; pour moi, un homme ou une femme égal un homme ou une femme. Nous sommes tous égaux ».

« Je n’ai jamais eu de soucis avec les migrants que j’ai accueillis. J’en ai rencontré au moins une vingtaine, pas pour des durées très courtes, mais pour des séjours plus longs. La première chose que je leur dis c’est « welcome », « bienvenu/e » (rires). Je connais plusieurs mots dans différentes langues, alors je les utilise pour communiquer et ça crée un très bon contact ».

« Ce que les migrants me demandent en premier quand ils arrivent chez moi est le code wifi. C’est normal, ils veulent rentrer en contact avec leurs familles qui se trouvent au pays. J’ai raccourci le code wifi en 3 lettres, c’est beaucoup plus facile. Je leur sers évidemment à boire, leur propose à manger, généralement des choses assez nutritives comme des bananes, des amendes et même des aliments originaires de leurs pays, etc. Étant donné que j’ai la chance d’habiter dans un quartier multiculturel, on y trouve des commerces de pays issus du monde entier, ou presque. Par la suite, je leur fais écouter des musiques, de chez eux parfois. La musique est universelle, c’est un langage que tout le monde comprend ».

« Pas mal d’entre eux souhaitent rejoindre l’Angleterre et y parviennent, pour moi c’est une réussite. …Je connais un homme venu de la Guinée Conakry, qui a dû constituer tout le dossier pénible de la reconnaissance, puis il a trouvé un emploi dans le domaine du jardinage. Il a pu faire venir sa famille (restée au pays), sa femme et ses six enfants, dont le dernier qu’il n’avait plus vu depuis sa naissance, il a huit ou dix ans ».

« Comme je l’ai beaucoup aidé, j’ai eu la chance de le conduire à l’aéroport pour retrouver sa famille venue de Guinée. J’ai une voiture break de 7 places ; ils sont sortis tous ensemble de l’aéroport. On a tous pleuré. Le monsieur est maintenant bien installé, a du boulot. Ils ont eu un septième enfant et ont pu obtenir un logement social. Il gagne bien sa vie et rend service à la commune de Schaerbeek où j’habite ».

« Tout être humain a sa place sur la terre. Il y a assez de nourriture pour tout le monde. Ce qui se passe dans les camps à Lesbos, c’est scandaleux, c’est l’Europe, ce n’est pas la Turquie… ».

« Le Portugal est le seul pays d’Europe qui a régularisé les sans-papiers, chapeau! ».

« Nous avons tous été des migrants à un moment donné dans notre histoire. Je veux citer les migrants espagnols du temps de la dictature de Franco, parmi eux des républicains, des anarchistes, des travailleurs qui ont dû se réfugier dans le Sud de la France. J’ai visité les camps où on les casait. On ne les appelle pas des camps de concentration mais c’est pareil. On casait des hommes dans des endroits où on parquait des cochons pendant des mois, voire un peu plus longtemps …c’est dégueulasse. À ce moment-là, en 1939, Léon Blum souhaitait accueillir les réfugiés espagnols et la droite française l’en a empêché… ».

« Il y a beaucoup de personnes qui ne connaissent pas l’histoire de l’immigration. Nous sommes allés, nous, les Belges, dans le sud de la France quand les Allemands ont envahi la Belgique ».

« Lorsque je pense à la tragédie de la population juive durant la deuxième Guerre mondiale, je vois une similitude avec les hébergeurs actuels de ce ceux qu’on a appelé (à ce moment-là) les « justes ». Heureusement, il y a eu des personnes qui ont permis de sauver des juifs, dont des bébés, des familles entières, en bravant l’interdit, en faisant leur devoir de citoyen.

 

Interview réalisée par Dominique Bela et Julia Garlito Y Romo