« Enfants migrants », « enfants réfugiés », « mineurs étrangers non accompagnés (Mena) », les expressions pour les nommer foisonnent. On a vite oublié qu’ils sont d’abord, et avant tout des enfants, qu’ils ont, eux aussi des droits, que leur statut est secondaire. On pense plutôt qu’il faut sauver les apparences de droit et d’humanité, continuer de les âbimer sans recourir à la violence traditonnelle, la rendre acceptable, tout en finesse. Qu’ils restent anonymes, sans traces.

MigranStory est un interlocuteur de premier plan pour résister. Nous soutenons toute initiative qui vise à porter un autre regard, loin de l’image qui est véhiculé dans les médias, sur la réalité des « migrants ». Une démarche que sous-tendent les interrogations portées par « Traces » (la première exposition de Marion Colard : comment faire un projet sur l’identité de mineurs étrangers non-accompagnés quand la loi interdit de diffuser leurs visages sans consentement parental ?)  Mais qu’est-ce qui fait « Traces »?  Les corps bien sûr, mais aussi d’autres éléments matériels : voix enregistrées, récits consignés et souvenirs, photographies.

Pari donc  gagné pour les « enfants migrants » qui s’exposent, s’affirment à Point Culture Bruxelles au travers de l’exposition « Madame, Picture, Madame » . Le travail de construction de mémoire porté par  Marion Colard et Ninon Mazeaud est le fruit  d’une restitution de leur rencontre avec un groupe de jeunes du centre Fedasil Neder-over-Heembeek, près de Bruxelles. Toutes les semaines, durant plus de deux mois, ils se sont réunis pour un atelier créatif au cours duquel une question transversale est posée: comment définir son identité sans montrer son visage sans dire son nom, ni donner son âge?

L’atelier invite le public à se questionner sur ce qui constitue l’identité au-dela du nom, prénom, visage, âge, nationalité. Qui sommes nous au-delà de ces repères administratifs ? Comment voulons-nous que l’autre nous perçoive ? Comment se dire, se montrer ? Cet atelier créatif permet  à chacun d’élaborer son portrait, à la fois multiple et complexe, mais surtout unique et singulier. Les techniques utilisées vont du dessin au collage en passant par des photographies et des images. Les participants sont invités à dessiner leur propre portrait et à le fragmenter, à le mélanger avec d’autres fragments de portraits photographiques et se recomposer ainsi une nouvelle identité, un nouveau portrait.

L’idée de cette exposition germe en 2017, alors que, Marion Colard, co-réasalitrice du projet, travaille dans ce centre de premier accueil pour Mineurs étrangers non accompagnées (Mena). Dans le voisinage, des rumeurs circulent : « Neder devient une poubelle ». Elle propose alors, de monter un projet en tant qu’animatrice à Fedasil Neder-over-Heembeek. C’est le premier jet du projet « Traces ». Le projet tourne autour de la question de montrer « qui on est aux habitants de Neder-over-Heembeek… mais sans pouvoir montrer son visage ». « Je pense que l’identité est quelque chose qui se construit mais à partir d’éléments qui sont déjà là » .

« Madame, Picture, Madame », une exposition à voir certainement jusqu’au  7 mars à Point Culture

https://www.pointculture.be/bruxelles/

Dominique Bela