Un Incroyable parcours ! MigranStory se passionne pour l’histoire d’Élisée Zola, pharmacienne. En ces temps de confinement, c’est par WhatsApp que nous communiquons. Loin d’être un jeu de mot Zola-Zola, nous sommes dans les contradictions de la société d’aujourd’hui, de l’Émile Zola des temps modernes :

Élisée Zola est née à Kinshasa (République Démocratique du Congo – RDC). En 1998, alors âgée de 19 ans, elle quitte son pays, pour suivre des études de médecine à l’Université Libre de Bruxelles. Avec un visa d’études en poche, l’arrivée se passe sans problème. Tout va bien dans le meilleur des mondes jusqu’à ce que… tout bascule, en 2001 !

En effet, la loi belge sur le « Numérus clausus » limitant l’accès aux formations spécifiques en médecine générale et en médecine spécialisée à des quotas rentre en application. C’est le début du calvaire. Élisée est exclue de la faculté. Loin de renoncer, elle introduit un recours au Conseil d’État. La procédure tourne en eau de boudin, le recours est rejeté.

Élisée devient sans-papiers. Une épreuve qu’elle nous raconte le sourire aux lèvres: « Grâce à mes belles notes, le directeur de la faculté s’était pris d’empathie pour moi et me permettait de m’inscrire chaque année ». Un peu d’humanité dans ce monde cruel.

Nouveau coup dur pour Élisée. Son père, qui finance ses études, est emprisonné au pays à cause de ses opinions politiques. Comment faire pour payer le minerval étant sans papiers? Elysée est obligée de « jobber ». Grâce à sa dispense, elle ne doit faire que deux ans au lieu de trois à sa faculté. L’aventure tourne finalement court.

« Le quotidien d’Élisée : se surpasser pour aller au-delà des difficultés »

Jamais à court de ressources, la jeune femme se débrouille comme elle peut et réussit à s’inscrire dans une école supérieure de podologie. Elle obtient le diplôme.

Son visa d’étudiante vient d’être renouvelé. Élisée retourne en France et demande l’asile politique. Les raisons invoquées sont simples : elle ne peut retourner en RDC à cause des activités politiques de son père. En 2004, elle obtient le statut de réfugiée politique en France.

La vie en France n’est pas une sinécure pour Élisée, de plus, son cœur est en Belgique. C’est décidé, elle retourne à Bruxelles et veut reprendre des études. En tant qu’habitante de l’espace Schengen, elle obtient son inscription au cursus de pharmacie. Grâce à son nouveau statut de réfugiée politique, un permis de travail n’est pas nécessaire. Une fois diplômée, elle reçoit un titre de séjour belge avec la mention « réfugiée d’origine congolaise ». Cependant, elle ne radie pas son titre de séjour français. Nous sommes en 2006, Élisée est engagée dans une pharmacie.

2009 : Élisée rencontre le papa de sa fille, un Belge d’origine camerounaise. Son enfant est Belge, ce qui permet à Élisée de continuer à séjourner en Belgique et d’avoir le droit de passer de la carte dit « d’étranger » à une « carte F » (carte délivrée aux parents d’enfants de nationalité européenne).

« De nationalité indéterminée »

Cherchez l’erreur !

Lorsqu’Élisée se présente à la commune pour faire l’échange de cartes, elle apprend que sa nationalité n’est pas… prouvée ! Un comble, alors qu’elle est en possession d’une carte de réfugiée politique reconnue en plus d’un titre de voyage (équivalent d’un passeport) émis par l’instance qui régit les réfugiés reconnus dans un pays. Qu’à cela ne tienne, elle réintroduit tous les documents nécessaires, et, oh surprise, à la remise de sa carte de séjour, son prénom a disparu et sa nationalité aussi ! À la place on peut lire : « nationalité à déterminer » !!!

Début septembre 2019, elle introduit une demande auprès de l’instance belge qui reconnaît les réfugiés politiques, le « CGRA », pour demander un transfert de son dossier de la France vers la Belgique. Les résultats ne doivent prendre qu’un mois, nous sommes en avril 2020 et… toujours rien ! Après plus de vingt ans, Élisée souhaite demander la naturalisation belge (la loi prévoit cette possibilité après 7 ans dans le pays) seulement voilà, impossible de demander la nationalisation d’un pays, si on n’en a pas une… d’origine ! L’origine congolaise de la jeune femme ayant été ôtée par la propre administration belge de ses papiers d’identité !

2020, soit, 22 ans après l’arrivée d’Élisée Zola à Bruxelles, à ce jour, l’administration n’a toujours pas résolu son problème de papiers. Élisée continue à se battre pour obtenir gain de cause : « Les gens ne comprennent pas, nous dit Élisée Zola, que l’immigration, ici, en Europe, peut être un souci quotidien durant des années. Je travaille en Belgique, je paie mes impôts, ma fille est Belge, et je me bats toujours et encore pour qu’au moins ma nationalité congolaise soit indiquée sur ma carte d’identité ».

Julia Garlito Y Romo – MigranStory : Pensez-vous, aujourd’hui, avoir réussi ?

Élisée Zola : Du point de vue stabilité sociale et professionnelle, oui. Ma vie familiale, non, puisque j’ai divorcé. Mais ma fille et moi sommes équilibrées et sommes passé au-dessus de tout cela. La seule chose que je ne pense vraiment pas avoir réussi, c’est le côté administratif.

JG – MigranStory : S’il fallait construire un monde aujourd’hui, comment serait-il pour vous ?

EZ : Un monde où les choses seraient traitées de manière respectueuse pour les demandeurs d’asile. Un traitement humain, avec beaucoup plus d’empathie.

« L’amour, l’empathie, le respect pour tous »

JG – MigranStory : Le mot de la fin ?

EZ : Il y a encore beaucoup de choses à vivre ici, malgré toutes les difficultés : si on pouvait tous se donner la main pour rendre les choses plus faciles, avec plus d’amour, d’empathie et de respect, je pense que notre vie à tous serait meilleure. Toutes couleurs et races confondues.

Interview de Julia Garlito Y Romo