Un grand-père chinois, une grand-mère dominicaine, une éducation italienne et une vie en Belgique, Dany incarne le métissage par excellence !

I) Son histoire :

Tout commence avec la rencontre d’un Chinois et d’une Dominicaine. Nous sommes dans les années vingt, en pleine crise de l’industrie sucrière. La magie de l’amour opère en République dominicaine, terre de nombreuses colonies du passé, et d’innombrables vagues successives de migrations. Et si la belle a déjà 3 ou 4 enfants d’un précédent couple, qu’à cela ne tienne, ils donneront ensemble naissance à 4 autres enfants, sous le régime dictatorial de Rafael Trujillo. Parmi eux, le père de Dany. Dany voit le jour en 1980, dans la tourmente d’un pays en proie à la pauvreté et à de nombreuses instabilités politiques. En effet, depuis les années 70, sous le régime de Balaguer, la croissance économique ralentit considérablement, l’augmentation de l’inflation et du chômage entraîne une vague d’émigration massive de la République dominicaine vers les États-Unis, principalement à New York. En 1982, c’est Salvador Jorge Blanco qui devient président. Il veut relancer l’économie et, pour ce faire, met en place des mesures drastiques d’austérité recommandées par le FMI (Le Fonds monétaire international). La crise est proche, avec des risques d’émeutes qui se concrétiseront effectivement en 1984.

La mère de Dany veut construire un avenir meilleur à son fils. C’est ainsi que la jeune femme de vingt ans, décide de quitter la République dominicaine en 1982, juste avant la grande tourmente. Elle émigre en Italie, où Dany la rejoint deux ans plus tard. Il a alors 4 ans.

Le début d’une nouvelle vie

L’enfant grandit et fait son éducation en Italie. Sa soif de culture est grande, il s’intéresse à tout, et particulièrement à l’histoire du cinéma et différents arts du spectacle. Dany se forme à l’Université de Trieste, et c’est là, en 2005, qu’il va faire la connaissance d’une jeune Belge. En 2008, il décide de l’accompagner à Bruxelles. Une nouvelle vie commence alors pour le jeune Italien d’origine dominicaine. Il va devoir se refaire une vie et s’appuie, tout naturellement, sur les réseaux de son amie.

Sa passion le mène à être bénévole au cinéma NOVA. Son entourage étant principalement francophone, il apprend et se perfectionne très vite en français.

Se créer une identité avec comme passeport la culture.

En 2009, il devient « gardien de parc saisonnier », « une expérience drôle et amusante », raconte-t-il, qui va énormément l’enrichir de par les nombreuses rencontres qu’il fera, notamment parmi les saisonniers (comme lui) issus des pays d’Afrique, y compris du Nord.

Après quoi, Dany Ben Felix entame un nouveau bénévolat au sein de « Radio ALMA », qui se transforme assez vite en un CDI (contrat à durée indéterminée). Au bout de trois ans, l’envie de faire autre chose le décide à quitter la radio.

S’ensuit une courte période au chômage, durant laquelle il en profite pour s’inscrire à différentes formations : la gestion d’évènements culturels, suivie de celle d’animateur et médiateur interculturel au Centre Bruxellois d’Action interculturelle (CBAI). Une chance incroyable, selon Dany, qu’offre la Belgique ; un point positif, malgré toutes les difficultés que peut occasionner le fait de venir d’ailleurs.

2015 marque définitivement la vie de Dany en Belgique, tout d’abord, un heureux évènement, la naissance de son premier enfant et son entrée à « Point Culture » (www.pointculture.be) en tant que « chargé d’accueil ». Aujourd’hui, Dany y travaille toujours. Il est devenu programmateur et responsable du festival « Africa is/in the future », organisé depuis maintenant 4 ans. Le dernier en date s’est déroulé du 27 au 30 novembre 2019, avec une 

« programmation interdisciplinaire portant un regard nouveau et décomplexé sur l’Afrique et ses diasporas ».

Cela fait dix ans que Dany Ben Felix réside en Belgique en tant qu’Italien. Il s’y est intégré, il y a refait sa vie. Aujourd’hui, père de deux enfants nés en Belgique, sa pensée se dirige sérieusement vers une demande de nationalité.

II) Pari réussi ? « La vie est une mise en jeu .

« Un bon bagage pour une belle réussite »

« Oui, je le pense. J’ai bien évidemment eu des facilités grâce à ma nationalité italienne, mais aussi grâce à mes études, un bagage important pour réussir sa vie. Apprendre la langue française a été primordial, et bien sûr aussi mes nombreuses rencontres.»

«On construit sa chance, mais c’est aussi une histoire de rencontres. La vie est une mise en jeu.»

IV) S’il fallait construire un nouveau monde, quel serait-il ?

« Le partage des richesses dans le respect de l’autre »

« Ce serait un monde où on sort du capitalisme et de la recherche du profit tout court. L’idéal serait le partage des richesses, une autre relation au vivant pour sortir de l’utopie dans laquelle nous nous trouvons aujourd’hui ».

V) Le mot de la fin ?

« L’importante initiative de MigranStory ! »

« Le migrant est une personne, un être vivant, qui pense, qui vit, qui respire »

« Lorsqu’on parle des migrants, c’est comme si la personne n’existait pas au niveau du regard de la société ; cette société pour laquelle « migrants » est souvent synonyme de corps noirs, des corps de migrants, tels des fantômes ou des zombies, alors qu’ils ont un nom, une famille et une vision claire de la société qu’ils veulent construire ».