Cristóbal Baehr, avocat, polyglotte, le mélange des cultures forge son impressionnant parcours. MigranStory vous présente son témoignage aux couleurs du monde.

Je m’appelle Cristóbal Baehr de mère catalane (Barcelone) et de père américain (San Francisco). Je suis né et habite à Barcelone. Depuis ma naissance, j’ai baigné dans un milieu multilingue issu de trois cultures. Je parle l’anglais, le français, le catalan et l’espagnol de par mes origines, en plus de l’italien, le portugais et plus récemment le chinois que je perfectionne en ce moment.

Je suppose que cela m’a amené à toujours m’intéresser aux relations avec des gens d’autres cultures, et ce dont je vais parler dans cet article est ma rencontre avec deux femmes migrantes qui ont traversé ma vie.

L’Ecosse, avant le Brexit, une facilité pour migrer

La première est originaire d’Ecosse. Je suis avocat et elle travaille comme traductrice spécialisée de textes juridiques. Nous entamons une relation. Elle m’accompagne vivre à Barcelone, c’est ce que l’on peut appeler « une émigration sans problèmes économiques », une émigration du « premier

monde ». Bien que le Royaume-Uni soit plus puissant économiquement que l’Espagne, l’idée de vivre une aventure dans « la ville des merveilles » l’attire. Comme elle n’a aucun problème financier, et que Glasgow (sa ville) est relativement proche de Barcelone, cela ne pose aucun problème pour nous y rendre durant les vacances d’été ou les fêtes de Noël. De plus, sa famille et ses amis peuvent venir à Barcelone pour lui rendre visite et passer quelques jours avec elle. Ce qui facilite d’autant plus ce désir de vivre et de découvrir la Péninsule Ibérique.

L’obtention des permis de séjour et de travail n’est pas un problème, puisque le Royaume-Uni et l’Espagne sont membres de l’Union européenne (c’était avant le Brexit), elle a donc le droit de circuler librement, de travailler, et est indépendante financièrement. Notre relation a duré cinq ans.

Cuba, la difficulté de quitter son pays et celle d’intégrer un autre.

La deuxième personne dont je veux parler est originaire de Cuba. Elle est la mère de mon fils, notre relation a duré 15 ans. Par conséquent, mon fils est 25% Catalan, 25% Nord-Américain et 50% Cubain !

Cette fois-ci, l’émigration a été complètement différente. Au moment de son arrivée à Barcelone, les Cubains n’avaient pas le droit de quitter Cuba. Les seules exceptions concernaient les athlètes qui allaient participer à des compétitions internationales, comme les Jeux olympiques, ou les groupes de musique ou culturels qui faisaient le tour de divers pays.

Dans un déplacement de ce type, ils étaient accompagnés d’un agent de sécurité, celui qui gardait les passeports de tous les membres de l’expédition. De cette façon, ils s’assuraient que personne n’échapperait à leur contrôle.

La mère de mon fils a pu de venir à Barcelone en tant que danseuse dans un spectacle de salsa (danse typiquement cubaine) et décide de rester, alors qu’elle n’a ni ne permis de travail, ni permis de séjour et aucun passeport ! Elle travaille illégalement en tant que professeur de salsa jusqu’à ce qu’elle épouse son premier mari. C’est d’ailleurs ainsi qu’elle acquiert la nationalité espagnole.

Après avoir divorcé de son premier mari, elle commence une relation avec moi. J’ai pu suivre ainsi, de près, les problèmes occasionnés par un autre type d’immigration : celle des pays pauvres. Ils ne migrent pas pour vivre de nouvelles expériences, mais ils migrent dans le but d’avoir un emploi qui leur permet d’envoyer de l’argent aux parents restés dans leur pays d’origine. Les communications ne sont pas faciles pour joindre la famille et les amis, d’où de nombreux problèmes.

Le pays d’origine de ces personnes sont plus éloignés, ce qui rend les voyages beaucoup plus compliqués, entre autres en raison des distances et des prix très élevés des billets d’avion. Tout est lié. En outre, comme elle a refusé de retourner à Cuba avec son groupe de danse, elle ne peut plus s’y rendre et ses proches sont dans l’impossibilité de venir lui rendre visite.

Je l’ai aidée financièrement à ouvrir un restaurant cubain. C’est de cette façon, qu’étant devenue entrepreneuse, elle a pu faire une offre d’emploi à ses deux frères pour qu’ils viennent travailler auprès d’elle, à Barcelone.

L’expérience de la relation avec les migrants est très positive : C’est un accès direct vers un enrichissement de la connaissance culturelle de l’autre.

La différence entre les deux modèles d’immigration que j’ai pu expérimenter est donc très significative.

J’ai une sœur américaine (même père) qui habite à San Francisco et est mariée à un Hindou, également migrant. Et enfin, je commence maintenant une relation avec une fille philippine qui est également venue travailler à Barcelone.

Malgré tous les problèmes qui ont leur origine dans la circulation des personnes entre les pays, je pense que l’expérience de la relation avec les migrants est très positive. Ils peuvent vous apporter beaucoup de connaissances culturelles, et autres, auxquelles vous n’auriez pas accès autrement. Par conséquent, vous devenez une personne plus instruite et ouverte.