Alex Vizorek, comédien, humoriste, animateur radio : de la Pologne à la Belgique, un aller-retour qui traverse quatre générations.

Rencontre avec l’humoriste déjanté Alex VIZOREK qui ne tolère pas l’injustice : « Si les gens se sentent bien chez eux, tant mieux, mais on ne peut pas tolérer que d’autres soient persécutés ».

Si l’on ne présente plus Alex Vizorek, c’est bien parce qu’il est partout. Il est en radio (sur France Inter), en télé (avec ses bros Michel Drucker et Thierry Ardisson) et sur scène (il a présenté les Molières, la moitié des galas francophones de comédie et a tourné dix ans avec son spectacle.

 Diable! D’où lui vient ce nom aux consonances plutôt slaves? « Mon arrière-grand-père était d’origine polonaise. Il est arrivé avec la vague des migrants (avec les Italiens entre autres) entre les deux guerres dans le borinage, à Mons plus exactement ».

Pour la petite histoire, la Belgique devient à partir du début du 20ème siècle, un « pays d’immigration ». La loi de l’offre et de la demande de main d’œuvre prend une grande importance à cette époque, particulièrement l’industrie lourde, dont le secteur minier qui avait un besoin structurel de main d’œuvre. Dès la période d’entre-deux guerres, l’industrie minière va recruter, dans leur pays d’origine, 50.000 travailleurs migrants ! Ce seront surtout des Polonais et des Italiens, on comptera également des Tchèques, des Hongrois et des Yougoslaves.

C’est grâce au « mariage mixte » qu’Alex Vizorek est né « complètement belge » (rires): « Je ne parle pas polonais, mais j’ai hérité du nom « Vizorek », qui d’ailleurs, à l’origine, s’écrit de manière nettement plus compliquée et difficile à prononcer qu’il ne l’est aujourd’hui ».

Une origine qu’il est fier de porter et qui le plonge dans un de ses souvenirs émouvants. En effet, pour les 70 ans de l’amitié belgo-polonaise, on propose au jeune Alex de jouer à Varsovie en représentation de la communauté francophone. Vizorek est « hyper touché » réalisant tout d’un coup que son arrière-grand-père est arrivé en Belgique pour travailler dans le fond des mines (et est d’ailleurs décédé très jeune des suites de problèmes respiratoires, comme c’était le cas pour beaucoup d’entre eux à l’époque), alors que lui retourne là-bas en tant que vedette, en représentant la… Belgique ! « C’était très émouvant pour moi », lance-t-il.

Ce retour aux sources, ne symbolise-t-il pas l’histoire de la migration qui devrait être une normalité absolue pour tout un chacun ? Nous sommes nés quelque part, mais pouvons mourir partout ailleurs, si tel est notre choix. L’humain appartient à la Terre, et non pas le contraire. Sauf si l’on considère qu’elle appartient à tout le monde de manière égale et sans distinction aucune. Aller où nous voulons pour mieux revenir pourrait être un critère de liberté de circulation.

D’ailleurs, l’anecdote d’Alex Vizorek l’illustre parfaitement : l’arrivée de son arrière-grand-père polonais en tant qu’immigrant en Belgique, et le retour de son arrière-petit-fils à Varsovie en tant que personnalité belge, fait partie des belles histoires de l’immigration. Tout comme

celles concernant le football, par exemple, souligne l’artiste : « en France, dans l’équipe nationale, c’était Platini (Français, descendant d’Italiens) qui distribuait le jeu, ensuite se fut Zinedine Zidane (Français, descendant d’Algériens), et avant je crois que c’était un Polonais, Kopa ». Un « compatriote » si l’on peut dire ! De son vrai nom Raymond Kopaszewski, Raymond Kopa est un ancien footballeur français né à Nœux-les-Mines le 13 octobre 1931. Fils d’immigrés polonais, Raymond Kopa débute sa carrière de footballeur dans sa ville natale, avant d’intégrer le club d’Angers en 1949).

« On est tous des immigrés ou leurs descendants. Qui peut dire qu’il est belge ou français, par exemple, de toute première ligne ? »

Pour Alex Vizorek, ces joueurs sont fils d’immigrés et lui aussi finalement, même si ce n’est que pour 1/8ème. (Rires). « On est sans doute l’arbre qui cache la forêt, poursuit-il. Ce que je veux dire par là c’est qu’on est tous des immigrés ou leurs descendants. Qui peut dire qu’il est Belge ou Français, par exemple, de toute première ligne ? ».

Figurez-vous qu’Alex Vizorek est également auteur. Parmi ses œuvres (« Chroniques du Thalys » et « L’échappé Belge » -tous deux illustrées par Pierre Kroll et Nicolas Vadot, deux des plus célèbres caricaturistes belges-) il y a la petite dernière « Opaque et Opaline » (février 2020). Avec cette œuvre, il tente l’expérience de raconter aux enfants, l’histoire de deux chevaux qui s’insupportent et qui n’est pas sans rappeler le racisme et l’intolérance.

Et s’il fallait refaire un monde aujourd’hui, quel serait-il pour Alex Vizorek ? « Et bien c’est tout à fait le clou de l’histoire de mon dernier livre » s’exclame-t-il. L’histoire raconte celle de deux chevaux, stars du cirque Arc-en-ciel, qui ne s’entendent pas car ils n’ont pas la même couleur. L’un est blanc (la jument Opaline) et l’autre est noir (l’étalon Opaque). Sur la piste, leurs cabrioles émerveillent petits et grands, mais une fois rentrés au box, ce n’est plus le même numéro : ils ne peuvent pas se supporter ! C’est alors que, M. Loyal, le Directeur du cirque décide de mettre un Zèbre entre les deux. Et ça les perturbe énormément car il a les deux couleurs, le blanc et le noir !

« Quand on y regarde de plus près, nous dit l’auteur, et pour poursuivre avec les animaux, prenons par exemple deux chiens : un chien ne pense pas qu’il est différent d’un autre chien parce qu’il n’a pas la même couleur, c’est un chien, voilà tout, rien de plus. Et c’est là toute la question des couleurs et des races qui n’ont aucun sens et sont des choses qu’il faut rappeler, car il n’y a rien de plus bête que le racisme. Si les gens se sentent bien chez eux, tant mieux, mais on ne peut pas tolérer que d’autres soient persécutés. La France est le pays des droits de l’homme, et c’est une chose qu’elle doit assumer.

Pour clôturer notre rencontre, Alex Vizorek nous fait part de son mot de la fin : « Terminer par une note positive ! (Rires). J’espère, et j’en ai même l’impression, qu’on va vers un mieux. Enfin, j’ai envie d’espérer en tout cas ».

 

 

Julia Garlito Y Romo